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Pourquoi a-t-on eu envie de jeter des tomates aux journalistes du débat ?

Billet

[Blog personnel - 2012]

Ah Le débat de l’entre-deux tours ! Que d’encre il fit couler.
Personnellement, j’ai beaucoup ri.

Avez-vous déjà assisté à un match d’improvisation ? Des comédiens en solo ou par équipe qui s’affrontent le plus souvent sur un mode comique, le tout arbitré par des animateurs qui chauffent la salle. Eh bien, vous ne vous en êtes peut-être pas rendu compte, mais si vous avez regardé le débat du mercredi 2 mai, vous avez été initié à cet art. J’ai beaucoup ri, parce que j’ai vu cela comme une pièce de boulevard (et que je suis bon public) : c’est caricaturale à loisir, ça racole l’auditoire, ça cherche la vanne, ça ne joue que sur la forme mais jamais sur le fond, ça travaille à l’émotionnel. Si tout cela n’est pas un dispositif de divertissement, qu’est-ce donc ?

Ce type de débat est par essence du divertissement. C’est une arène moderne où l’on vient voir se battre « pour du faux » les deux favoris. Comme le catch acrobatique dont je raffole la nuit sur W9. Les observateurs s’accordent d’ailleurs à dire que dans la majorité des cas cela ne change rien au résultat. Et pour cause : ce n’est pas un exercice d’information, mais bien un realshow en prime time. Ce pourquoi, moi qui ai d’ordinaire la dent si dure avec les journalistes de pacotille (et tout mon respect aux autres), je ne leurs en veux pas, je les plains plutôt : il est manifeste qu’ils n’avaient pas leur place à table et qu’ils sont le dindon d’une erreur de casting.

Naturellement, tout ceci est bien frustrant pour ceux et celles qui en attendaient mieux et qui se sont légitimement demandé tout au long de la soirée qui diantre étaient les deux poupées de cire que l’on avait remisées en arrière-plan. Je n’écris pas ces lignes sereinement, c’est même dramatique d’en être arrivé là, mais mercredi  soir, en aucun cas je n’ai vu un débat politique (où étaient les idées ?). Il s’agissait bien d’un débat télévisé, et là, de la posture de circonstance, de la petite phrase assassine, de la tirade à l’emporte-pièce et du travail de lumière, j’en ai vu. C’était du bon spectacle. Les animateurs étaient au rabais mais heureusement les deux comédiens sauvaient la pièce.

Mais alors, où est passée la politique constructive ?

Bien cachée sous le fard de la communication semble-t-il.

J’aime la politique et le journalisme, mais étant donné que la parole n’était donnée ni à l’un, ni à l’autre au cours de cette soirée, je me suis épargnée une amère déception.
J’aime la communication également, et de ce point de vue je me suis régalée.

La campagne, c’est un peu le principe des frites McCain : c’est le moment où l’on parle le plus de politique que l’on en fait le moins. La campagne, c’est la drague, le bon mot, le plus beau plumage, qui pisse le plus loin, c’est celui qui dit qui est, mais rarement de la politique constructive, des échanges et de la réflexion citoyenne. Le débat, c’est le point d’orgue de la campagne. Alors évidemment, je n’estime en rien ce dispositif idéal. Un travail de fond m’aurait plu, journalistiquement, démocratiquement. Mais ce n’était pas au programme. D’ailleurs, quelle est la première question que les médias ont posé à l’issue de la soirée ? « Qui a gagné ? » Personne n’est dupe, c’était un jeu.

De mon côté, j’ai suivi en parallèle le débat et « #ledebat ». Comprenez : j’étais assise devant ma télé, avec mon ordinateur connecté à Facebook et Google (pour vérifier les informations) et mon téléphone à Twitter. Ce type d’évènements nationaux est vraiment à vivre une fois sur les réseaux sociaux, c’est d’une effervescence folle. Des tonnes de réactions en temps réel provenant d’un peu partout : une expertise sur une non-vérité prononcée par un candidat, un bon mot, une archive rappelant des dires ou des faits passés, une question, des réponses… Les outils sociaux et richmédia, tels qu’ils ont été rêvé ont pris alors sens et j’ai eu la sensation de partager la même émotion en un instant T avec toute une communauté : non pas des français, non pas des journalistes, non pas des citoyens mais des « être-réseaux #ledebat ». Un endroit virtuel certes, mais où tout le monde avait la parole et apportait sa contribution,  rempli de personnes bien réelles, elles.

Si un débat télévisé, aussi décevant soit-il, donne lieu à ce type de mobilisation et d’échanges, il n’a peut-être pas tout raté politiquement parlant.

En attendant, j’ai beaucoup ri.